Partager l'article ! Lettre-Miroir: Lettre-Miroir En quelques semaines, une femme va regarder comme un mo ...
"Les chemins de poussière" blog d'écriture de Robert Loï
Pour être informé des nouvelles publications s'inscrire à la newsletter - Pour contacter l'auteur utliser le formulaire de contact. Pour visiter le site photographique www.robert-loi.book.fr. Les photos et textes présents sur ce site ne sont pas libres de droits. Voir informations relatives au code de la propriété intellectuelle.
Lettre-Miroir
En quelques semaines, une femme va regarder comme un monstre, un homme qu'elle a aimé. De pages en pages, parfois entre les lignes, l'auteur dévoile les rouages d'une mécanique implacable ; comment son héroïne l’appliquera méthodiquement au-delà de toute réalité, et, plus encore, au-delà de toute humanité. Trente ans plus tard, à l'aube de sa vieillesse, elle se souvient et elle raconte...Quand l'autofiction dépasse le désir de positionnement social ou affectif pour devenir l'outil affiché d'une quête identitaire.
Extraits :
[...] Le vingt-deux décembre deux mille trente sept.
Quelque part dans ma conscience ou dans mon cœur. Je ne sais plus.
Chères lectrices, chers lecteurs, à vous qui me lisez…
Seule au coin du feu, ce ne sont pas les flammes qui rougissent mes yeux, mais des faits vieux de trente ans. Enterrés sous le sable des souvenirs, je n’imaginais pas qu’ils puissent en surgir au crépuscule de ma vie pour torturer ma conscience. Seuls des aveux sincères et circonstanciés me permettront enfin de trouver la paix. L'hémorragie du temps ne s'arrêtera plus. Celui que je vais prendre pour vous livrer cette histoire permettra, j’espère, d'alléger mon cœur, si lourd, si froid, ce premier soir d'hiver. Je vais vous la raconter le plus simplement possible, sans fard, et, peut-être pour la première fois, sans tricher.
[...] J'ai toujours aimé la littérature et j'ai commencé à puiser mes histoires dans les mots des autres. Des pages à écrire que je n'avais qu'à arracher quand elles ne me convenaient plus. Enfin actrice de ma nouvelle vie, j'inventais mon propre roman, mon propre cinéma. Mon rôle préféré, celui de l'héroïne romantique, n'était pas des plus faciles. J'avais le talent, mais du mal à trouver les contextes, à planter les décors, et surtout, à rencontrer les hommes adéquats. La peur était bien là, l'envie de respirer aussi. Un peu avant mes quarante ans, je décidai de me séparer de mon mari [...]
[...] Cette pseudo liberté, j’ai tenté de l’exploiter au mieux en rencontrant d’autres hommes. Beaucoup. La plupart me laissant après m'avoir consommée, sans jamais m'avoir aimée pour ce que j'étais, sans rien comprendre de ma profondeur ni de mes vraies attentes. Repartis aussi vite qu'arrivés, repus de cette enveloppe charnelle que j'ai toujours eu du mal à aimer, saignant un peu plus mon âme et tout ce qu'il y avait de beau dans le fondement de ma quête.
Ma sœur, la tendre complice de mon enfance, dont je croyais le soutien indéfectiblement acquis, m'avait tourné le dos. L'homme qu'elle avait épousé lui avait interdit quasiment tout contact avec moi, prétextant que je n'étais plus une personne fréquentable. Sans doute craignait-il que ma sœur accède, par identification, à cette même liberté, et échappe ainsi à une soumission qu’il voulait absolue. Eloigner sa femme de moi lui permettait aussi d’approcher cette liberté qu’il désapprouvait au grand jour... Lors d’un anniversaire, il m'avait offert de la lingerie féminine. Malgré son double sens, le message était clair, je l’entendais presque me chuchoter à l’oreille :
« - Je te déclare libertine donc infréquentable pour ma femme, mais si au passage, je pouvais en profiter… ».
Ma sœur qui était présente n’avait pas dit un mot. A peine un petit rire gêné. Telle était sa soumission qu’elle englobait la trahison. [...]
[...] Et un jour… je l’ai rencontré [...] Un homme différent d’une grande sensibilité, qui savait lire mes émotions [...] J'aimais son regard et celui qu'il posait sur moi, sa voix, son humour, ses mille et une façons de sourire et l'ajustement parfait de ses expressions. Tout en lui collait à la vivacité de son esprit mais aussi à la douceur de son caractère. Son corps était aussi massif que le mien était frêle, ses attaches aussi solides que les miennes étaient fines, et comme le mien il renfermait encore une âme d'enfant. Je trouvais enfin dans l'autre une part de moi [...]
[...] Vingt-trois décembre deux mille trente sept, le jour se lève
Irréparable, pourquoi ce mot me hante-t-il encore ? Irréparable… Ce mot, que j'ai prononcé tant de fois, habillant ainsi des actes ou des situations tellement réparables, sans doute pour donner un peu de dramaturgie et du sens à ma vie. Irréparable…ceux qui emploient ce mot avec autant de complaisance n'ont pas dû avoir beaucoup à réparer dans leur vie. Tout était réparable. Tout. L'irréparable, je l'ai certainement commis, en refusant jusqu'au bout de lui rendre son humanité.
J'ai tourné ma vie comme un film, coupant des scènes au montage, laissant trop souvent d'autres le faire pour moi ; jetant à la poubelle la pellicule jugée inutile, trop froissée. Aujourd'hui je suis vieille et je fouille tout au fond, à la recherche de ces bobines perdues, dans lesquelles il y avait des parts de moi. Elles me manquent cruellement. Mais il est bien trop tard, le fond de la poubelle est vide. Il ne reste plus que des : … et si…? [...]
Le texte complet sera bientôt disponible pour une somme modique, auprès de l'association "Pass Arts Culture" sous forme de livret.
De sincères remerciements à Thérèse, Nicole et plus particulièrement à Valérie Daplomb, pour leur aide. Essayer d'écrire en se glissant dans la peau d'une femme n'est pas aisé...sans elles, je n'y serais pas parvenu.